L’année a commencé fort ! Quelle bonne surprise quand j’ai eu l’opportunité d’assurer la médicalisation du Trek Dial Dakar, qui se déroulait du 25 février au 11 mars 2023. 

D’autant plus que ça s’est décidé juste un mois avant le départ. A peine le temps de réaliser et de me préparer, j’étais à l’aéroport en direction d’Agadir !

Je n’étais jamais allée ailleurs qu’au Maroc sur le continent Africain, et je n’avais jamais géré seule l’assistance médicale sur quelque évènement que ce soit… Je savais que tout pouvait arriver mais j’espérais quand même que mes interventions se limiteraient à de la « bobologie » et à de la traumatologie simple, habituelles dans ce sport.  

Mais le Trek est exigeant avec presque 600 km quotidiens, d’autant plus que les conditions météo étaient mauvaises les premiers jours (et déjà avant notre arrivée) ce qui a abîmé les pistes et fatigué les pilotes dès le départ. 

J’ai eu ma bobologie… mais pas que…parce qu’une aventure n’en n’est pas une sans ses imprévus et ses galères…

Finalement, sur les 16 pilotes qui ont pris le départ (15 motos et 1 SSV), 5 ont dû abandonner pour raison médicale dont 3 qui ont dû être rapatriés en urgence. 

Carnet de bord

Etape 1 : Agadir – Assa

Je suis arrivée assez tard la veille, j’ai donc fini de préparer mes malles médicales le matin .

J’ai eu le plaisir de retrouver 2 pilotes qui étaient au Raid Passion Désert, rassurée quand-même de voir des visages familiers…

On a commencé l’étape sous la pluie, j’étais bien contente d’être en 4×4 pour le coup ! 

Les pilotes devaient franchir un oued de 15 km, compliqué à emprunter avec le 4×4 mais où nous avons dû nous aventurer quand même pour ramener Fred et sa moto. 

Nous avons fini l’étape de nuit avec certains pilotes à cause des oueds qui débordaient, et nous avons rejoint toute l’équipe pour le premier bivouac (surveillé par les militaires). 

Paul nous a régalé les papilles avec son espadon acheté au marché d’Agadir (espadon dont l’odeur nous suivra dans la glacière du 4×4 tout le long du voyage…). 

Etape 2 : Assa – Smara

Les pistes nous ont fait traverser une grande plaine avant de rentrer dans une série de petits djebels (massifs montagneux) par des pistes plus sinueuses.

Nous avons rejoint le Sahara Occidental l’après-midi, où les principaux véhicules que l’on a croisé sur la route étaient des camions chargés de bidons d’essence qui remontaient vers le Maroc.

Je suis partie faire les courses avec Paul pour le bivouac du lendemain pendant que tout le monde s’affairait autour des motos pour leur révision quotidienne. Tomates, viande hachée, pain, oignons, carottes, bananes… de quoi donner l’eau à la bouche ! 

L’auberge a « oublié » de prévoir le repas pour le soir. Nous sommes donc partis dans les ruelles animées tout autour à la recherche de grillades.

On a passé une très bonne soirée !

Etape 3 : Smara – Dahkla

Tout s’est bien passé. Les pistes étaient assez roulantes. 

On a passé la nuit au bivouac, entourés d’acacias qui poussent à l’horizontale à cause du vent. Il fallait d’ailleurs faire attention à l’endroit où on plantait nos tentes… les épines ne mettraient pas longtemps à percer la toile… On a profité d’un bon repas que Paul nous a préparé avec les ingrédients achetés la veille à Smara. 

On a été accompagnés par un magnifique coucher de soleil pour finir cette journée tout en douceur. 

Les militaires surveillaient le bivouac de loin pour la nuit. 

Etape 4 : Dahkla – Nouadhibou

Rapidement après le début de l’étape nous avons cassé le ressort avant droit du 4X4, ce qui nous a obligé à rouler tout doucement pour arriver au bout de la piste sans trop aggraver les choses.

Ne jamais prendre à la légère un bruit anormal…

Nous avons eu un espoir de trouver un ressort juste avant de passer la frontière Mauritanienne mais ce n’était pas les bonnes dimensions.

On est quand-même arrivé juste à temps pour passer la frontière. La mission… ça a pris des heures ! 

Tous les abords de la piste entre le dernier poste frontière marocain et le contrôle mauritanien sont minés. 
Le visa pour la Mauritanie se fait sur place. La photo n’est à faire que pour la première demande de visa. Tant mieux parce que ça prend du temps…

J’ai découvert l’état des routes Mauritaniennes… Contraste saisissant avec celles du Maroc.

Denis devra malheureusement se lever à l’aube le lendemain pour faire un aller-retour à Nouakchott et trouver l’amortisseur de rechange. 

Etape 5 : Nouadhibou - Akjoujt

Pour la première étape en Mauritanie c’est Christian qui a pris le volant du 4X4, Denis étant parti à la recherche d’un ressort à Nouakchott.

Au départ de l’étape on a croisé le train de marchandises le plus long du monde.

Puis on a pris la direction du parc national du Banc d’Arguin pour le premier ravitaillement en essence des pilotes. 

On a longé la mer pour la première fois et on a manqué de peu de s’ensabler sur une plage au milieu de nulle part.

Quelle tristesse en voyant l’état de la côte qui regorgeait de plastiques échoués…

L’un des pilotes a été évacué à Nouakchott pour faire une radio et repartira finalement en France. 

Nous avons emprunté une belle piste sablonneuse qui se faufilait entre de petites dunes. La lumière du soleil couchant laissait une atmosphère particulière très agréable. 

Nous passions nos journées accrochés à nos téléphones, Denis et moi, pour suivre les pilotes grâce au signal émis par les balises Owaka. Mais sur les pistes, lorsque nous nous éloignions trop des antennes relais, nous perdions le réseau internet. 

C’est alors que nous avons vu les alertes Owaka déclenchées par Julien, Patrick et Fred. 

C’était Fred qui avait fait une grosse chute. Nous avons fini par charger sa moto à l’arrière du 4×4 et  sommes repartis pour rejoindre le reste de l’équipe. 

Nous sommes arrivés de nuit, trop tard pour le bivouac. Heureusement James a pu trouver une auberge qui pouvait tous nous héberger.

On a relâché la pression de la journée autour du bon repas préparé par Paul. 

Philippe a atterri le jour même et nous a rejoint sur place pour prendre le raid en cours de route. Il était tout de suite dans le bain !

Etape 6 : Akjoujt – Chinguetti

C’était l’étape des « Dunes blanches d’Amatlich ». Quelle splendeur ! On a longé de magnifiques grandes dunes sur notre droite, une oasis sur notre gauche… quelques palmiers s’étaient perdus au milieu du sable… Un peu plus loin on appercevait quelques dunes d’un blanc éclatant… c’était magnifique !

On s’est ensablés une fois… c’est la première fois qu’on a  dû compter autant pour dégonfler les pneus … 50 sec ! Ça a super bien marché encore une fois et Denis a sorti le 4×4 du premier coup.

La piste se faufilait dans le sable puis remontait sur un plateau très caillouteux, pour redescendre ensuite par la passe de Tifoujar, jusqu’à retrouver quelques villages puis le point de ravitaillement à l’entrée d’Atar. 

Nous nous sommes octroyé une pause déjeuner autour d’un poulet frites et avons repris la route pour Chinguetti, finissant par de longs kilomètres de tôle ondulée…

L’auberge qui nous accueillait était super sympa et possédait même des douches ! Youpi ! 

Magnifique étape, la plus belle selon moi…

Etape 7 : Chinguetti – Chinguetti

Ça devait être une étape courte… Une petite boucle commençant par 120 km de tôle ondulée qui se poursuivait ensuite par la traversée des dunes.

Alors qu’on entamait les premières dunes je me disais qu’on voyait vraiment mal le relief, à tel point qu’avant chaque descente je craignais qu’on se fasse surprendre par la pente.. c’était vraiment difficile d’anticiper. 

Ça n’a pas loupé ! 

En arrivant sur la troisième dune à franchir on a aperçu Patrick au sommet qui semblait nous attendre… On a vite compris ce qui se passait en arrivant sur lui et en apercevant ce qui se tramait derrière la dune… 2 pilotes étaient au sol, accompagnés de 3 autres qui avaient assisté à l’accident. 

J’apprendrai ensuite qu’un troisième pilote a également chuté à la fin du cordon de dunes et a dû être évacué. 

Je me suis occupée des blessés (avec l’aide précieuse de toutes les personnes sur place) et Denis s’est chargé de contacter leurs assurances pour organiser leurs rapatriements. 

Une fois les pilotes stabilisés, nous avons pû repartir en direction du village, même si les conditions d’évacuation ont été compliquées et très inconfortables pour les pilotes. 

On s’est finalement tous retrouvés au dispensaire de Ouadane où j’ai trouvé de l’aide auprès du médecin et des infirmiers locaux. 

Fait improbable, il y avait un hôpital américain à Ouadane, qui, bien que fermé ce jour-là, nous a permis de faire les radios. Ils disposaient également d’une ambulance et c’est seulement grâce à Momo, notre « ange-gardien » du village, que nous avons pu l’utiliser.

Le retour en ambulance jusqu’à l’hôpital de Chinguetti a été très long (on parle de 120 km de tôle ondulée..). Heureusement, Momo était avec nous et nous aidait à garder le moral. 

Nous sommes finalement arrivés à l’hôpital de Chinguetti vers minuit, tous exténués par cette longue et difficile journée.

Etape 8 : Chinguetti – Tidjikdja

Tous encore chamboulés par la journée de la veille on a décidé de ne faire que de la route ce jour-là. Nous sommes passés voir les pilotes  à l’hôpital avant de partir, mais nous avons dû continuer le périple.

Les deux pilotes n’ont pas été évacués en même temps, ça a d’ailleurs été très long pour l’un d’entre eux !

Pour le Paris-Dakar de l’époque Africaine, une piste d’atterrissage avait été créée sur la piste menant à Chinguetti (on l’a longée en arrivant).
J’ai espéré qu’elle soit opérationnelle et qu’on puisse l’utiliser pour l’évacuation… c’était utopique…

La route était magnifique, avec des langues de sable qui empiétaient parfois sur le bitume, mais coupée par endroit, ce qui nous obligeait à dévier par les côtés sablonneux.

Cette étape nous a fait à tous le plus grand bien.  

Etape 9 : Tidjikdja – Kamor

C’était l’étape de la fameuse passe de Nega…

Le matin Denis trouvait qu’il y avait une odeur de glycol dans le 4×4… il a soulevé le capot mais il n’y avait pas de problème évident… on est repartis…

Ne pas prendre une odeur anormale à la légère…

Au début la piste traversait un long plateau, et était bordée de coups de peinture qui laissaient présager de travaux futurs… un prochaine route en construction ? 

On a fini par rejoindre la passe qui permettait de descendre dans cette magnifique vallée sablonneuse, bordée par un immense cirque de dunes en contrebas. 

On a eu une petite frayeur en pensant avoir un problème d’embrayage qui finalement n’en était pas un…

Quand nous sommes arrivés au ravitaillement essence on a appris qu’il manquait un pilote.

On a pris des heures à le retrouver, entre le temps pour avoir les coordonnées GPS de sa moto, les aller-retours pour le chercher et le moment où on l’a vu sortir de la maison du village. Il avait été très bien accueilli par les villageois qui lui avaient offert du lait d’ânesse et à manger.

Au moment de repartir on s’est rendu compte que le 4×4 chauffait. Le radiateur était percé… d’où l’odeur de glycol le matin… On a fait le plein d’eau au village avant de partir et on s’est arrêtés à nouveau plus loin dans un village pour faire de la réserve.

On a perdu beaucoup de temps, la nuit a fini par tomber et le phare droit ne marchait plus… on a fini à la frontale.

Pour couronner le tout, quelques km avant d’arriver au bivouac on a crevé un pneu… La totale !

Pour finir on a appris en arrivant au bivouac qu’il n’y avait plus internet dans tout le pays parce que 4 terroristes s’étaient échappés de la prison de Nouakchott en tuant 3 gardes… 

Une journée épique mais sans aucun blessé heureusement !

Elle finira très bien avec un bon repas encore une fois et une nuit à la belle étoile ! 

ETAPE 10 : Kamor - Aleg

La journée s’est déroulée sans encombre malgré une portion où la navigation est compliquée par des ravines plus ou moins profondes qui formaient un véritable labyrinthe. Les paysages étaient vraiment magnifiques encore une fois.

On a installé le bivouac en plein milieu de la savane. Le réseau internet était toujours coupé (et le restera jusqu’à la fin de notre séjour en Mauritanie).

Les gars ont eu la gentillesse de me laisser un peu d’eau pour une petite douche improvisée. Elle a fait un bien fou ! 

On a assisté à un magnifique rendez-vous entre le soleil et la lune, de quoi finir cette journée en beauté. 

Etape 11 : Aleg – Saint-Louis

Le passage de la frontière Sénégalaise était prévu le soir.

Pour y arriver on est passés sur une longue digue qui traverse le réserve de Diawling. J’ai vu des phacochères pour la première fois de ma vie.

Tout s’est bien passé malgré la chaleur écrasante. 

Le contraste entre la Mauritanie et le Sénégal est saisissant.

La Mauritanie offre des paysages magnifiques, mais l’atmosphère dans les villes et villages est un peu austère. Je me souviendrai de la ville de Kiffa particulièrement…

En arrivant à Saint Louis l’ambiance était toute autre : des néons, des échoppes et des bars pleins de vie, les femmes vêtues de magnifiques robes colorées, les groupes de jeunes …

Quel bonheur en arrivant à l’hôtel, en bord de plage, prendre une douche chaude, boire une bonne « Gazelle » et ressentir un mélange d’excitation, de soulagement et déjà de nostalgie en pensant au départ qui approchait.

Etape 12 : Saint – Louis – Lac Rose/Dakar

On a fini l’aventure par une petite étape en bord de plage, c’était magnifique mais un peu monotone à la longue il faut bien le dire…. On a traversé des villages de pêcheurs avec parfois des attroupements signant l’arrivée des bateaux de pêche bien remplis. 

Le seul SSV de l’aventure est tombé en panne, il ne roulait plus depuis la veille. Son pilote avait commencé l’étape en tant que passager sur la moto de son frère mais c’était vite devenu compliqué.

Au moment où on se demandait où il en était, on l’a vu nous faire de grands signes au bord de la piste. On l’a récupéré dans le 4 x 4, non sans lui faire une petite blague auparavant ( il fallait voir sa tête quand on est passés devant lui en faignant de ne pas le voir ! )

Au Lac Rose (qui n’était plus rose du tout d’ailleurs) on a fait un détour obligatoire vers la stèle en mémoire de Thierry Sabine, fondateur du Rallye Paris-Dakar.

L’hôtel était top même s’il abritait une multitude de moustiques. On a relâché la pression, ça y est c’était fini.

Bilan

C’était une sacrée aventure, et si je pouvais recommencer dès demain je le ferais.

J’ai encore une fois appris énormément de choses et retenu beaucoup de leçons. 

Sur le plan médical ça n’a pas été facile, surtout pour une première fois en solo et dans de telles conditions. Je suis heureuse de l’issue avec les moyens à disposition, mais on n’est jamais parfait et je sais maintenant ce que je ferai différemment la prochaine fois. 

Ça rappelle à quel point ce sport reste dangereux, surtout dans ce milieu hostile et compliquant les soins en cas de besoin.

J’aurais été incapable de le faire à moto mais j’envie beaucoup les pilotes qui roulaient entourés de tels paysages… Je comprends pourquoi ils prennent ces risques !

J’ai aussi adoré pouvoir aider l’équipe à mon niveau, que ce soit Denis, avec qui j’ai partagé toutes ces heures dans le 4×4, ou Christian, Paul, Jean-Yves et Chibani qu’on retrouvait aux ravitaillements ou le soir au bivouac. 

Je me suis aussi rendue compte de tout le travail nécessaire pour préparer un tel voyage et gérer tous les imprévus au quotidien. Surtout sur ce magnifique continent Africain, où le climat, le terrain et le choc des cultures occasionnent des surprises de toutes sortes, des plus agréables aux plus déroutantes…